Allocution de Micheline Decorps, Coodonnatrice nationale


CONCOURS 2017 PROMOTION DE L’ÉTHIQUE PROFESSIONNELLE

co-organisé par le Rotary et la Conférence des Grandes Écoles

CÉRÉMONIE DE REMISE DES PRIX NATIONAUX
PALAIS DES CONGRÈS ET DE LA CULTURE DE MONTROUGE-31 MAI 2017

INTERVENTION DE MICHELINE DECORPS

Coordonnatrice nationale

 


Monsieur le représentant de la Commission Nationale Française pour l’UNESCO
Monsieur le représentant de la Conférence des Grandes Ecoles
Mesdames et Messieurs les Gouverneurs du Rotary
Mesdames et Messieurs les représentants des Écoles et Universités
Chers amis rotariens et chers lauréats,

Au nom de toute l’équipe du Concours National Promotion de l’Ethique professionnelle, je vous remercie très vivement de votre présence à cette cérémonie de remise des prix du concours 2018, qui nous réunit tous aujourd’hui dans un lieu historique, au cœur de la ville de Montrouge. Et je souhaite vous dire dès maintenant combien nos lauréats ici présents et leurs professeurs qui les forment avec le dévouement que nous leur connaissons, témoignent de la vitalité de notre jeunesse et de sa volonté d’être un acteur lucide et réfléchi de la société de demain. 
Je dois vous présenter les excuses de Mme Anne-Lucie Wack, présidente de la Conférence des Grandes Ecoles, qui n’a pas pu se libérer et a souhaité être représentée par M. Francis Jouanjean, Délégué Général de la Conférence. Je dois également vous présenter les excuses de M. Daniel Janicot, président de la Commission nationale française pour l’UNESCO, qui a souhaité être représenté par M. Philippe Desgouttes.
Quelques mots maintenant sur la nature et les objectifs de ce concours.
Je voudrais d’abord souligner combien ses initiateurs rotariens, il y a maintenant plus de 10 ans, ont vu juste en replaçant l’éthique au cœur de la réflexion de nos jeunes étudiants, et cela, au moment crucial que représente pour eux l’entrée dans la vie professionnelle. Le Haut patronage de l’UNESCO est venu reconnaître et renforcer cette initiative. Pour les accompagner dans cette réflexion critique, le partenariat avec les formateurs de l’enseignement supérieur, Grandes Ecoles et Universités, était indispensable. La Conférence des Grandes Ecoles a adhéré dès le début à l’action des rotariens. Car c’est évidemment dans les Ecoles et les Universités que se forment les compétences de nos futurs décideurs, tout comme leurs capacités d’analyse, et donc à terme la possibilité pour eux, en toute chose, de faire des choix raisonnés.
La très bonne qualité des 45 essais parvenus au jury national, cette année encore, donne une très belle légitimité à notre concours. Nous nous inscrivons résolument dans l’un des domaines d’action privilégiés du Rotary, au carrefour de l’action jeunesse et de l’action professionnelle : favoriser, dans chaque pays, l’épanouissement individuel et professionnel des jeunes générations. Le concours des districts français affirme non seulement sa totale conformité aux buts premiers du fondateur du Rotary International, l’avocat américain Paul Harris, au tout début du XXème siècle, mais aussi son originalité ;  la question qui est posée à nos jeunes est fondamentale : entre les attentes des entreprises dans lesquelles ils vont devoir s’impliquer totalement et les attentes de la société dont ils seront les acteurs, comment veulent-ils se situer ? Le concours de l’éthique professionnelle leur donne l’occasion de prendre de la distance et de commencer à construire du sens avant d’être plongés dans les exigences et les contraintes des métiers actuels.
Avant de vous présenter une rapide synthèse des approches qu’ils ont choisies, je voudrais remercier tous les coordonnateurs régionaux qui ont travaillé au plus près du terrain, avec les responsables pédagogiques des 88 Écoles et Universités qui ont répondu à leur appel :  Facultés de médecine et pharmacie, écoles vétérinaires, écoles de management, écoles de commerce, écoles de l’administration publique, écoles d’ingénieurs, écoles doctorales de sciences humaines, de sciences sociales, de sciences politiques, écoles militaires, écoles d’informatique. Nous devons aux coordonnateurs rotariens dans les districts la sélection patiente des meilleures copies. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés, tout comme les rotariens qui ont œuvré bénévolement à la réussite de l’opération : merci aux membres du jury national, merci à Anne-Marie Borderie, cheville ouvrière du concours, merci à Gérard Morel, pour son suivi et ses conseils, merci à Jean-Paul Gontier pour ses précieux programmes informatiques conçus spécifiquement pour nous, merci à Roland Germon, pour l’édition des diplômes et merci à notre photographe, Pierre Tissier, toujours au rendez-vous. Merci enfin et surtout à Roger Lelu, qui a longtemps fait vivre ce concours et a souhaité transmettre le flambeau.
Je n’hésite pas à le redire : la moisson de cette année est tout à fait exceptionnelle et légitime a posteriori notre démarche rotarienne. Ce qui frappe, en effet, à la lecture des essais, c’est la conscience de plus en plus aiguë chez nos étudiants des évolutions vertigineuses et extrêmement rapides auxquelles les progrès technologiques nous exposent, et donc de la nécessité d’y réfléchir bien en amont. Nos jeunes étudiants ont parfaitement compris qu’ils seront les acteurs de ces progrès, mais qu’ils devront aussi en maîtriser les effets afin que le dernier mot soit toujours laissé à l’homme. Et s’il y a bien un point commun partagé par tous nos lauréats, c’est la volonté, souvent exprimée avec force et passion, de construire du sens et de ne pas se laisser déposséder de cette liberté fondamentale.
Les questions qu’ils se sont posées sont remarquables de justesse, d’où notre difficulté à noter les essais et à les départager. Ils ont interrogé les chartes éthiques des entreprises, les codes déontologiques des professions, les standards internationaux des droits de l’homme et conceptualisé les conflits possibles entre les définitions collectives de l’éthique professionnelle et les approches personnelles de chaque individu dans l’exercice de son métier. Ils ont formulé des stratégies à mettre en place devant la grande complexité du monde du travail, avec une connaissance déjà très avancée de la multiplicité des acteurs dans leurs secteurs respectifs et la conscience de l’étroitesse des marges de manœuvre qui leur resteront. Mais leur volonté de s’impliquer est intacte. 
Les sujets qui les ont le plus interpellés sont les conséquences en matière éthique du développement exponentiel des outils numériques. Ces questions nourrissent la plupart des essais relatifs aux domaines de la santé des hommes et du bien-être animal, et plus généralement aux domaines des sciences du vivant : comment préserver la confidentialité des données du médecin, comment se prémunir contre la commercialisation des tests génétiques ou contre les détournements du diagnostic préimplantatoire (DPI) ?
Comment respecter la biodiversité ? Comment être éthique dans notre rapport à la nature ? C’est la question que posent non seulement nos étudiants en biologie, mais aussi nos futurs ingénieurs, et nos informaticiens eux-mêmes. Quel comportement éthique adopter individuellement quand on développe les outils tout puissants que les progrès technologiques nous préparent ? C’est le même risque de déshumanisation qui a inquiété nos jeunes militaires, qui demandent que la société s’emparent de ces sujets : comment se préparer à affronter des terrains de guerre robotisés où la mort donnée est unilatérale et où les valeurs de sacrifice et de don de soi risquent de perdre leur sens ?
Nos spécialistes du business veulent eux aussi remettre l’homme au centre de leur métier et desserrer l’étau des stratégies managériales, en tout cas les adapter pour mieux respecter les attitudes éthiques dans les chaînes de distribution ou dans le service à autrui. Les pratiques marketing des ONG se voient ainsi questionnées, et nos lauréats n’ont pas hésité à réfléchir aux moyens de concilier l’impératif moral d’une assistance aux populations en danger et les contraintes économiques d’associations qui doivent, elles-aussi, se professionnaliser pour atteindre leurs objectifs.
Les grandes administrations au service des citoyens n’ont pas échappé à des questionnements très pertinents. Nos futurs managers stratégiques de la Sécurité Sociale s’interrogent sur les conséquences de la dématérialisation des dossiers, sur la fragmentation du travail dans des structures internes en perpétuelle recomposition, et réfléchissent aux moyens de préserver une éthique collective indispensable pour donner du sens au dévouement des salariés.
En même temps des questions sans doute moins ambitieuses, mais toujours aussi prégnantes, car venues du quotidien, ont été posées, avec parfois beaucoup de sensibilité : quelle attitude éthique à adopter pour le soignant à l’égard du malade dans l’incapacité de comprendre sa maladie ou d’affirmer ses choix ? quelle attitude éthique à l’égard des parents à qui on annonce le cancer de leur enfant, quand on sait que l’annonce d’une maladie est déjà un acte médical ? Comment accueillir à l’hôpital le détenu dangereux ? Comment réagir face aux refus communautaires de toutes sortes, à l’hôpital ou à l’école ? Comment adapter le prix des soins aux propriétaires les plus défavorisés d’animaux domestiques, quand on sait la force du lien qui les unit à leur animal ? 
Autant de questions qui, comme vous le voyez, montrent que notre jeunesse se sent très concernée par les questions éthiques et les mettront au cœur de leur exercice professionnel. 
Le jury a fait son travail de sélection avec la plus grande objectivité possible, en restant très sensible à la réflexion personnelle. Le choix de l’angle d’approche reste l’un des critères majeurs de cette sélection. A ce propos, le jury national engage les candidats à éviter la pure dissertation philosophique, même si le recours à des cadres théoriques est indispensable pour donner de la hauteur et du sens à son approche personnelle.
Quant au sens à donner à son métier, comme à toute chose, je terminerai par la très belle réflexion d’un de nos lauréats, confronté aux difficultés des soignants en pédiatrie : face aux angoisses des familles, qu’il faut gérer avec le plus d’éthique possible, les petits malades nous donnent la voie à suivre, car dans tout service de pédiatrie « règne », je cite,  « une force invisible, dégagée par les enfants eux-mêmes, une vision instinctive de la vie ». Si notre lauréat est présent dans la salle, il se reconnaîtra. Merci à tous.